Dimanche 25 octobre 2026 · 3 sujets · 11 min de lecture

Éclairage Santé

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DIMANCHE 25 OCTOBRE 2026 Éclairage SANTÉ
La médecine avance vite. On vous explique ce qui change vraiment.
Une étude, une technique, un traitement : le contexte, les résultats et ce qu'ils prouvent ou non.
Chaque jour, un nouvel éclairage sur la recherche médicale et chirurgicale.
EN 30 SECONDES
→Mélanome : un vaccin à ARN personnalisé ajouté au pembrolizumab réduit les récidives dans un essai de 1 137 patients ; survie globale pas encore tranchée.
→Poumon : le tarlatamab ajouté au durvalumab porte la survie médiane à 21,1 mois contre 12,7, dans le cancer à petites cellules.
→Vessie : des médicaments avant et après la cystectomie réduisent rechutes et décès, avec plus d'effets indésirables graves.
→En bref : povetacicept dans la néphropathie à IgA ; durvalumab plus olaparib dans le cancer de l'endomètre.
Un dermatoscope allumé, instrument d'examen des grains de beauté (illustration)
1 · TRAITEMENT
Mélanome opéré : un vaccin à ARN et pembrolizumab, moins de récidives
0,58
rapport de risque
de récidive
 
82,2 %
sans récidive à
24 mois (70,0 %)
 
1 137
patients dans
l'essai

Ce qui s'est passé. Samedi 24 octobre, à Madrid, au congrès de la Société européenne d'oncologie médicale (ESMO), Georgina Long a présenté les résultats de l'essai de phase 3 INTerpath-001, mené par Merck et Moderna. Il a suivi 1 137 adultes opérés d'un mélanome de stade IIB à IV, tirés au sort (2 pour 1) entre pembrolizumab plus intismeran autogene, un traitement à ARN messager conçu pour chaque patient à partir des mutations de sa tumeur, et pembrolizumab plus placebo. Après 24,6 mois de suivi médian, le risque de récidive ou de décès est plus faible dans le groupe traité (rapport de risque 0,58 ; intervalle de confiance à 95 % de 0,45 à 0,75) : 82,2 % des patients sont sans récidive à 24 mois, contre 70,0 %. Le risque de métastases à distance est aussi plus faible (0,62). La survie globale ne diffère pas de façon significative à ce stade (0,77 ; 0,45 à 1,31), les données étant encore immatures. Des événements indésirables de grade 3 à 5 touchent 23,6 % des patients du groupe traité contre 20,3 %, et 16,6 % contre 9,5 % ont arrêté au moins un médicament pour un effet indésirable ; 8 décès liés à un effet indésirable (1,1 %) sont survenus dans le groupe traité, contre aucun, sans qu'aucun soit attribué à l'intismeran. Les chiffres détaillés viennent du compte rendu de Targeted Oncology, l'article scientifique complet n'étant pas encore publié.

NIVEAU DE PREUVE Essai randomisé de phase 3, en aveugle 1 137 patients Présenté à l'ESMO le 24 octobre 2026 Présentation en congrès : pas encore relue par des pairs
L'ÉCLAIRAGE
Comment marche un vaccin à ARN contre un cancer ?
1.Le mélanome est un cancer de la peau né des cellules qui fabriquent le pigment. Aux stades IIB à IV, la tumeur est retirée par chirurgie, mais le cancer peut revenir : le traitement après l'opération vise à retarder ou éviter ce retour.
2.Le pembrolizumab est une immunothérapie : il aide le système immunitaire à reconnaître les cellules cancéreuses. L'intismeran autogene y ajoute un « mode d'emploi » en ARN messager, taillé sur mesure : il code jusqu'à 34 néoantigènes, des fragments de protéines propres à la tumeur de chaque patient (OncoDaily).
3.Pourquoi cet essai pèse lourd : il compare deux groupes tirés au sort, avec un placebo, sur plus de mille personnes. Mais il reste une analyse intermédiaire, présentée en congrès, et la survie globale (vivre plus longtemps) n'est pas encore démontrée.
Un vaccin « personnalisé » ne protège pas d'une maladie : ici, il est administré à des personnes déjà opérées d'un cancer. Le choix d'un traitement se fait avec l'équipe soignante.
CE QU'EN DISENT
INDUSTRIE Merck et Moderna les deux sociétés
Les deux sociétés présentent ce résultat comme la première lecture positive de phase 3 pour une thérapie néoantigène individualisée et pour une thérapie anticancéreuse à ARN messager (annonce d'août, reprise par OncoDaily).
Source : OncoDaily →
Experts indépendants : pas de réaction vérifiée sur les résultats chiffrés à ce stade
CE QUE ÇA CHANGE
Pas de disponibilité hors essais : ce traitement n'est autorisé nulle part pour cet usage dans les sources consultées. Pour les patients concernés, le résultat suggère un bénéfice sur la récidive, pas encore sur la durée de vie.

ET APRÈS ?
Le suivi se poursuit pour la survie globale, jugée immature à ce stade. Une autorisation suppose le dépôt d'un dossier auprès des autorités de santé.
Une personne installée dans un scanner, examen d'imagerie qui suit l'évolution des cancers (illustration)
2 · CANCER
Cancer du poumon à petites cellules : le tarlatamab allonge la survie
21,1
mois de survie
médiane (12,7)
 
0,42
rapport de risque
de décès
 
563
patients dans
l'essai

Ce qui s'est passé. Samedi 24 octobre, à l'ESMO, Jacob Sands (Dana-Farber) a présenté l'essai de phase 3 DeLLphi-305, dont Amgen avait annoncé le résultat principal le 8 septembre. Il porte sur 563 patients atteints d'un cancer du poumon à petites cellules de stade étendu, dont la maladie n'avait pas progressé après une première ligne de chimiothérapie plus durvalumab. Ils ont été tirés au sort (1 pour 1) entre tarlatamab plus durvalumab (282) et durvalumab seul (281), en traitement d'entretien. À l'analyse intermédiaire (243 décès, suivi médian d'environ 16 mois), la survie médiane est de 21,1 mois contre 12,7 (rapport de risque 0,42 ; intervalle de confiance à 95 % de 0,32 à 0,54) ; 79 % des patients sont en vie à 12 mois, contre 53 %. La survie sans progression médiane est de 7,4 mois contre 1,9. Les effets indésirables graves liés au traitement touchent 20,9 % des patients contre 10,8 %, et un syndrome de relargage de cytokines, réaction inflammatoire, survient chez 49,6 % des patients du groupe tarlatamab (un seul cas de grade 3).

NIVEAU DE PREUVE Essai randomisé de phase 3, en ouvert 563 patients Analyse intermédiaire, présentée à l'ESMO le 24 octobre 2026 Présentation en congrès : pas encore relue par des pairs
L'ÉCLAIRAGE
Pourquoi ce cancer est difficile à traiter
1.Le cancer du poumon à petites cellules de stade étendu répond souvent au premier traitement, mais revient généralement vite, et beaucoup de patients ne sont plus assez en forme pour un second traitement (CURE).
2.Le traitement d'entretien vise à garder la maladie sous contrôle après cette première réponse. Le tarlatamab est un anticorps à deux bras : l'un se fixe sur DLL3, une protéine fréquente à la surface de ces cellules, l'autre sur les lymphocytes T, qu'il rapproche de la tumeur pour la détruire.
3.Pourquoi le résultat compte : c'est, selon CURE, le premier essai de phase 3 où ce type de médicament améliore la survie en entretien de première ligne. Limite : essai en ouvert, analyse intermédiaire, publication à venir.
Le syndrome de relargage de cytokines se surveille à l'hôpital : Amgen indique que les patients sont observés 1 à 2 heures après certaines perfusions, voire 6 à 8 heures dans certaines régions dont l'Europe.
CE QU'EN DISENT
AUTEURS Jacob Sands Dana-Farber, présentateur de l'essai
« DeLLphi-305 represents an unprecedented milestone »
Source : Amgen →
INDUSTRIE Amgen promoteur de l'essai, avec un financement partiel d'AstraZeneca
« No new or unexpected safety signals were identified in DeLLphi-305. »
Source : communiqué du 8 septembre →
Experts indépendants et associations de patients : pas de réaction vérifiée à ce stade
CE QUE ÇA CHANGE
Le tarlatamab n'est pas encore approuvé pour cet usage (CURE). Si les résultats se confirment, il pourrait s'ajouter à la prise en charge de première ligne, avec une surveillance spécifique des réactions inflammatoires.

ET APRÈS ?
Amgen indique partager les données avec les autorités de santé. La publication complète dans une revue permettra de vérifier les chiffres.
Une salle d'opération équipée pour la chirurgie sous caméra (illustration)
3 · CHIRURGIE
Vessie : un traitement avant l'opération, moins de récidives et de décès
0,51
rapport de risque
de récidive
 
78 %
en vie à 2 ans
(69 %)
 
45 %
sans cancer à
l'opération (10 %)

Ce qui s'est passé. Samedi 24 octobre, à l'ESMO, Thomas Powles a présenté l'essai de phase 3 VOLGA, mené par AstraZeneca. Il porte sur 695 patients atteints d'un cancer de la vessie infiltrant le muscle, qui ne pouvaient ou ne voulaient pas recevoir le cisplatine, la chimiothérapie habituelle avant l'opération. Ils ont été tirés au sort (1 pour 1 pour 1) entre trois groupes : durvalumab plus enfortumab vedotin avant la chirurgie, puis durvalumab après (233 patients) ; le même traitement avec un troisième médicament, le trémélimumab (233) ; ou l'ablation de la vessie (cystectomie) d'emblée (229). L'opération a pu être menée chez 85 % des patients du premier groupe contre 78 % du groupe témoin. Au 2 mars 2026, le risque de rechute, de progression ou de décès est plus faible avec le premier schéma (rapport de risque 0,51 ; intervalle de confiance à 95 % de 0,38 à 0,67), tout comme le risque de décès (0,58 ; 0,40 à 0,83). Le triplet réduit la rechute (0,61) mais pas la mortalité de façon significative (0,77 ; p = 0,123). Les effets indésirables de grade 3 ou 4 concernent 64 % des patients du premier groupe contre 44 % du groupe témoin, tous motifs confondus.

NIVEAU DE PREUVE Essai randomisé de phase 3, en ouvert 695 patients Analyse intermédiaire, présentée à l'ESMO le 24 octobre 2026 Présentation en congrès : pas encore relue par des pairs
L'ÉCLAIRAGE
Médicaments avant et après la chirurgie
1.Un cancer de la vessie infiltrant le muscle se traite en général par chimiothérapie puis cystectomie, l'ablation de la vessie. Pour les patients qui ne tolèrent pas le cisplatine, l'opération seule était la référence : c'est le groupe témoin de l'essai.
2.Ici, les médicaments encadrent l'opération : l'enfortumab vedotin, un anticorps qui transporte une chimiothérapie vers les cellules tumorales, et le durvalumab, une immunothérapie, sont donnés avant ; le durvalumab continue après.
3.La réponse complète pathologique signifie qu'aucune cellule tumorale n'est retrouvée dans la pièce opératoire : 45 % contre 10 % (évaluation locale). Limite : essai en ouvert, soignants et patients connaissent le traitement, et les effets indésirables graves sont plus fréquents.
OncoDaily rapporte aussi 30 % d'événements de grade 3 ou 4 jugés possiblement liés au traitement dans ce groupe : la différence tient à ce que l'on compte (tous motifs ou seulement ceux liés au médicament).
CE QU'EN DISENT
INDUSTRIE Susan Galbraith AstraZeneca
« If approved, this would be the first perioperative regimen with enfortumab vedotin given only before surgery »
Source : Targeted Oncology →
Experts indépendants, autorités et associations de patients : pas de réaction vérifiée à ce stade
CE QUE ÇA CHANGE
Pour les patients qui ne peuvent pas recevoir le cisplatine, l'essai montre un bénéfice sur la récidive et la survie avec le premier schéma, au prix d'effets indésirables graves plus fréquents. Rien n'est encore approuvé pour cet usage.

ET APRÈS ?
La FDA a accordé une revue prioritaire au dossier du durvalumab avec l'enfortumab vedotin, avec une décision attendue au quatrième trimestre 2026 (Targeted Oncology). Le suivi de survie globale du triplet se poursuit.
EN BREF
Reins : le povetacicept réduit les protéines dans les urines dans la néphropathie à IgA. L'essai de phase 3 RAINIER (605 adultes) montre à 36 semaines une baisse de 52,0 % du rapport protéines/créatinine urinaire avec le médicament, soit 49,8 % de mieux que le placebo ; l'hématurie disparaît chez 85,1 % des patients concernés contre 23,4 %. Résultats publiés dans le New England Journal of Medicine ; le critère final, le déclin de la fonction rénale à deux ans, n'est pas encore connu. La FDA doit se prononcer le 30 novembre 2026. Source unique : Vertex Pharmaceuticals (communiqué du 23 octobre). Publication (DOI) →
Utérus : durvalumab plus olaparib après chimiothérapie, survie médiane de 51,1 mois. Dans l'essai DUO-E (718 patientes atteintes d'un cancer de l'endomètre avancé ou récidivant), présenté à l'ESMO, la survie médiane est de 51,1 mois avec la combinaison, 11,5 mois de plus qu'avec la chimiothérapie seule ; la survie à 36 mois est de 63,4 % contre 52 %. Étude financée par AstraZeneca. Source unique : MD Anderson Cancer Center. Communiqué →
LE CHIFFRE DU JOUR
45 %
des patients du groupe durvalumab plus enfortumab vedotin n'avaient plus de cellules tumorales dans la pièce opératoire (réponse complète pathologique, évaluation locale), contre 10 % avec la chirurgie d'emblée, dans l'essai VOLGA (Targeted Oncology).
À VENIR
25
OCT.
ESMO, Madrid : présentation prévue de l'essai sur l'ivonescimab dans les cancers des voies biliaires (Akeso).
27
OCT.
Fin du congrès ESMO (23 au 27 octobre).
30
NOV.
Décision de la FDA attendue sur le povetacicept dans la néphropathie à IgA (Vertex).
T4
2026
Décision de la FDA attendue sur durvalumab plus enfortumab vedotin dans le cancer de la vessie (Targeted Oncology).
VRAI OU FAUX ?
Dans l'essai VOLGA sur le cancer de la vessie, l'association de trois médicaments (avec le trémélimumab) a réduit la mortalité de façon significative par rapport à la chirurgie seule.
Réponse : Faux. À l'analyse intermédiaire, seul le duo durvalumab plus enfortumab vedotin a réduit le risque de décès de façon significative (rapport de risque 0,58). Avec le triplet, le rapport de risque est de 0,77, non significatif (p = 0,123), même si la rechute baisse.
LE LEXIQUE DU JOUR
Rapport de risque
Mesure qui compare la fréquence d'un événement (récidive, décès) entre deux groupes à un instant donné. En dessous de 1, l'événement est moins fréquent dans le groupe étudié.
Analyse intermédiaire
Examen des résultats prévu avant la fin d'un essai. Il permet d'arrêter ou de présenter plus tôt un résultat net, mais il peut changer ensuite.
Survie sans événement
Durée pendant laquelle le patient vit sans rechute, sans progression de la maladie et sans autre événement défini à l'avance par l'essai.
Essai en ouvert
Essai où soignants et patients savent quel traitement est donné, à la différence d'un essai en aveugle où le placebo est caché.
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